Résumé
La gelée royale est une substance sécrétée par les glandes hypopharyngiennes des abeilles ouvrières, destinée à l’alimentation des larves et de la reine. Riche en protéines, acides gras uniques, vitamines du groupe B et minéraux, elle suscite un intérêt croissant dans les domaines de la nutrition, de l’immunologie et de la neuroprotection. Cette revue synthétise les données actuelles sur ses effets biologiques, ses voies d’action, ses indications cliniques documentées ainsi que ses limites et contre-indications.

1. Origine biologique et composition chimique
La gelée royale (RJ) est un exsudat laiteux produit par les abeilles ouvrières (Apis mellifera). Elle est composée majoritairement d’eau (60–70 %), de protéines (12–15 %), de sucres (10–16 %), de lipides (3–6 %) et de petites quantités de sels minéraux et vitamines. Sa signature biochimique unique inclut :
- Acide 10-hydroxy-2-décénoïque (10-HDA) : acide gras insaturé exclusif à la gelée royale, connu pour ses propriétés antimicrobiennes, immunomodulatrices et antitumorales.
- Royalactine : protéine responsable de la différenciation des larves en reine.
- Vitamines B5, B6, B8, B9 et B12 en concentrations significatives (Morita et al., 2012).
- Minéraux : calcium, potassium, magnésium, fer, zinc.
Référence : Pasupuleti et al., Biomedicine & Pharmacotherapy, 2017 – “Biological activity and therapeutic applications of Royal Jelly”
2. Histoire et pratiques traditionnelles
Historiquement, la gelée royale était utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise et tibétaine, considérée comme un tonique du Qi et de l’essence vitale. En Occident, sa popularisation remonte aux années 1950, notamment en France grâce aux travaux du Pr. Rémy Chauvin. Elle est aujourd’hui utilisée dans le cadre de la nutrithérapie, notamment en gériatrie, endocrinologie, et immunomodulation.
3. Conditionnements et biodisponibilité
La gelée royale est commercialisée sous plusieurs formes :
| Forme | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|
| Fraîche | Biodisponibilité maximale, active | Doit être conservée à 2–5 °C |
| Lyophilisée | Stable, pratique en gélules | Moins concentrée, perte partielle |
| Mélangée au miel | Goût adouci, conservée au sec | Diluée, teneur variable |
Recommandation : Pour une efficacité thérapeutique, une dose de 200–500 mg/j de gelée royale fraîche est généralement utilisée en cure de 3 semaines.
4. Mécanismes d’action sur les systèmes biologiques
4.1. Système immunitaire
- Effet immunomodulateur : stimulation des lymphocytes T et des macrophages.
- Une étude in vivo (Sver et al., Int Immunopharmacol, 2020) montre une augmentation significative des IgA sécrétoires après 4 semaines de supplémentation.
4.2. Système nerveux
- Neuroprotection : via inhibition du stress oxydatif et de l’inflammation neuronale.
- Chez la souris, la gelée royale améliore la neurogenèse hippocampique et les performances cognitives (Nakajima et al., PLoS ONE, 2009).
- Applications envisagées dans les troubles légers de la mémoire et la prévention du déclin cognitif.
4.3. Système endocrinien
- Action semblable à celle des phytoœstrogènes (due à certains acides gras spécifiques).
- Une étude randomisée japonaise (Miyata et al., Gynecological Endocrinology, 2013) a montré une amélioration des symptômes climatériques chez 108 femmes ménopausées après 12 semaines de cure (800 mg/j).
4.4. Système cardiovasculaire
- Réduction modérée des taux de cholestérol total et LDL-C (Hamdan et al., Journal of Functional Foods, 2021).
- Amélioration de la vasodilatation endothéliale (via NO synthase stimulée par 10-HDA).
5. Données cliniques et indications
| Indication explorée | Niveau de preuve | Résultats documentés |
|---|---|---|
| Fatigue chronique | Modéré | Amélioration des scores de vitalité (étude iranienne 2016) |
| Immunité basse | Préliminaire | Effet stimulant chez sujets âgés ou dénutris |
| Ménopause | Élevé | Études contrôlées randomisées positives |
| Dépression légère / anxiété | Faible à modéré | Résultats encourageants chez le rongeur |
| Hyperlipidémie légère | Modéré | Diminution LDL et triglycérides |
6. Contre-indications et effets indésirables
- Réactions allergiques : urticaire, asthme, anaphylaxie (cas rares mais documentés).
- Contre-indications absolues : antécédents d’allergie aux produits apicoles, asthme allergique sévère.
- Contre-indications relatives : cancers hormonodépendants, femmes enceintes sans avis médical.
- Effets indésirables potentiels : diarrhées, douleurs abdominales, insomnie (rare).
Incidence des effets secondaires : estimée à 1–2 % selon la méta-analyse de Pourmoradian et al., 2019.
7. Conclusion
La gelée royale constitue un produit naturel d’intérêt nutritionnel et fonctionnel reconnu, avec des effets positifs démontrés sur la vitalité, l’immunité et l’équilibre hormonal. Si ses mécanismes sont de mieux en mieux compris, sa consommation doit rester encadrée, notamment chez les personnes sensibles ou polymédiquées.
Une approche personnalisée, guidée par un professionnel formé en nutrition ou en phytothérapie, est recommandée pour en maximiser les bénéfices tout en assurant la sécurité d’usage.

Références scientifiques
- Pasupuleti, V.R. et al. (2017). Biomedicine & Pharmacotherapy, 89: 484–494.
- Miyata, Y. et al. (2013). Gynecological Endocrinology, 29(3): 298–302.
- Hamdan, S. et al. (2021). Journal of Functional Foods, 76: 104309.
- Nakajima, Y. et al. (2009). PLoS ONE, 4(2): e4644.
- Sver, L. et al. (2020). International Immunopharmacology, 84: 106530.
- Pourmoradian, S. et al. (2019). Complementary Therapies in Medicine, 42: 1–8.
- Morita, H. et al. (2012). Food Chemistry, 134(1): 583–590.
Julie Robaey



